mardi 1 juillet 2008

Tsunami bancaire imminent : alertes officielles

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Presque d'un seul coup, Fortis, Goldman Sachs, Royal Bank of Scotland, Barclays et Morgan Stanley font leur coming-out officiel sur le tsunami financier qui s'annonce.

Sommées de se justifier, placées sous la pression de leurs actionnaires, des agences de notations, des 'short-sellers' (spéculateurs à la baisse) et des analystes, les banques se rejettent la faute les unes sur les autres.

Notre bonne banque Fortis n'est pas seule dans son triste cas. Déstabilisées par la crise du crédit, de nombreuses institutions financières sont obligées de prendre des postures désavantageuses : refinancement, dévaluations d'actifs, suspension de dividende. Et se justifient en dénonçant la crise mondiale du crédit.

C'est très triste mais c'est aussi très bien, parce que, au jeu de "c'est pas moi c'est l'autre", les banquiers laissent filtrer quelques informations importantes sur l'ampleur du raz-de-marée bancaire.

Commentaires de ce tournoi mondial de valet puant, en exclusivité par La Crise pour les Nuls.

* Fortissimi sunt Belgae *

En vedette américaine, le belge Fortis : Maurice Lippens prend la pole et déclare que la crise mondiale du crédit qui va éclater dans les semaines, voire les jours qui viennent, justifie la catastrophique augmentation de capital de Fortis que nous commentions jeudi dernier [La Crise pour les Nuls : "Fortis : grande braderie, sauce américaine"].

Au-delà des difficultés liées à l'absorption récente de ABN AMRO, qui avait coûté à Fortis quelques 24 milliards d'euros, c'est principalement le contexte financier qui oblige la banque à se prémunir d'urgence contre les aléas de la crise en cours.

En effet, toujours selon le même Maurice, Fortis est prête 'juste à temps' car :
“La situation aux Etats-Unis est pire qu'on le pensait. Fortis s'attend à la faillite de 6.000 banques US qui sont maintenant à découvert. Et puis Citigroup, General Motors, voilà où démarre la débâcle complète des Etats-Unis."
Fortiche! Cette déclaration fort cow-boy, fort Maurice et fort heureusement rapportée de manière extensive par le confrère Néerlandais De Financiële Telegraaf, a failli nous passer sous le nez!

Car, fait contrariant, L'Echo, qui a couvert le sujet Fortis sous toutes les coutures et de toutes les manières possibles et imaginables, comme si sa vie en dépendait, ne mentionne pas les prédictions alarmistes de l'ami Lippens.

Fort heureusement, la Telegraave nouvelle d'une crise imminente a été postée en anglais sur un blog et relayée sur DIGG, elle nous reviendra probablement ce lundi dans la presse internationale...

Encore une fois on est bien, là, les Belges! Il semble bien que Maurice de Knokke vient de siffler par erreur la fin de la récréation boursière...

Et le mutisme de l''Echo crie "avantage!". Avantage, certainement, mais pour qui?

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RBS, Barclays : Moins fort que Fortis *

Royal Bank Of Scotland (RBS) y va un peu moins fort que nosse Maurice : la crise est pour dans trois mois, pas pour dans trois semaines! Infox ou into? selon contreinfo.info :

"Un rapport rédigé par une équipe de la banque [RBS] estime que l’indice boursier de Wall Street S&P 500 est susceptible de perdre plus de 300 points, pour atteindre environ 1050 en septembre, lorsque se solderont les excès de l’envolée des prix sur les marchés mondiaux, entraînant une contagion dans toute l’Europe et les marchés émergents."

En français dans le texte : l'inflation va disparaître quand la bulle de spéculation sur le pétrole aura explosé, et les marchés boursiers vont se prendre une raclée magistrale.

Pour ceux qui n'aiment pas les whistleblowers, voici une source réputée plus sérieuse, la RBS elle-même [RBS]. Pour ce qui est du sérieux de la RBS, voyez avec leurs actionnaires.

Ou bien, alternativement, vous pouvez demander son avis à Monsieur Lippens, étant donné que Fortis et RBS on acheté ABN Amro ensemble. Il y a de fortes chances pour que RBS soit en fait tout simplement en train de cracher dans la soupe et joue la carte "c'est la crise" pour justifier la digestion difficile de la banque hollandaise...

La banque Barclays, de son côté, vient d'émettre un avis de tempête sur les marchés financiers [Telegraph.co.uk : "Barclays warns of a financial storm as Federal Reserve's credibility crumbles"].

Selon Barclays Capitals, la Réserve Fédérale Américaine ne serait plus en mesure de maîtriser l'inflation, tandis que la chute de Ambac et MBIA, les rehausseurs de crédit américains, va accentuer les défauts de remboursement des crédits dans tout le système bancaire.

Pour en savoir plus sur les rehausseurs de crédit et sur leur impact en Belgique, voici un notre article de vulgarisation [La Crise pour les Nuls : "La crise du secteur financier U.S. s'étend en Europe"].

Et pourquoi donc la Barclays se met tout d'un coup à crier en courant autour du baromètre? Eh bien tout simplement parce que, en ce moment, elle est sous la pression de ses actionnaires et des analystes des banques rivales, suite à une recapitalisation douteuse, recap qui semble insuffisante et annonce une prochaine re-dilution du capital... [Financial Times : Barclays : the shine begins to wear off]

* Wall Street, la délation au pied du mur *


A Wall Street, les failles se propagent dans la mur du silence, avec un vieux bruit de catastrophe rampante et de déresponsabilisations en cascade.

Chez Goldman Sachs, perle des banques d'investissements US, on n'a pas froid aux yeux : on décote Citibank (la première banque grand public mondiale) au point qu'on recommande de spéculer sur le titre à la baisse!

Le weekend dernier, La Crise pour les Nuls avait spotté le team spécial 'soldes' de Citi en pleine action dans le métro bruxellois et mis ses lecteurs en garde contre le crédit facile. Et en ce moment, Citi essaye de refiler le valet de pique à... Barclays, une farandole à la recherche du bouc émissaire, digne de Laborit et Milgram [Financial times : "A little peer pressure for BARC: another £9bn needed?"].

Et Goldman Sachs se joint à Lehman Brothers, récemment passée à la caisse un peu comme Fortis, pour mettre leur consoeur Merril Lynch au pilori : ses dévaluations d'actifs seront deux fois plus hautes que prévu [Bloomberg : "Merrill's Loss, Writedown Estimates Raised by Lehman"]. Chacun son tour.

Maintenant, Wall Street, c'est Reservoir Dogs, avec les banquiers pour tenir les flingues!

Et pour boucler la boucle, revenons à Fortis : c'est justement la banque d'investissement Merril Lynch qui a conseillé Fortis dans le rachat de ABN AMRO... Maurice Lippens, qui est fidèle en amitié, et fort peu rancunier, s'est d'ailleurs fait conseiller par le même Merill pour sa récente recapitalisation, celle qui vient de faire chuter le cours de notre belge banque de près de 19%.

" Monsieur, y a Jean-Claude qui triche! "

La banque d'investissements Morgan Stanley rajoute qu'il y a au jour d'hui un risque significatif de retour à une crise monétaire telle que celle que nous avons connu en Europe en 1992.

[Telegraph.co.uk : Morgan Stanley warns of 'catastrophic event' as ECB fights Federal Reserve]
[Le journal des Finances : Crise majeure sous trois mois?]

Toujours selon la banque américaine, c'est la dissension des politiques monétaires menées d’un côté par la Banque centrale européenne, prête à relever ses taux pour lutter contre l’inflation, et de l’autre par la Fed, son homologue américaine encourageant la croissance, qui serait responsable de cette situation.

Holà! Petit salopard de spéculateur de mes deux! Messieurs les banquiers d'outre-atlantique, Touche pas à mon Euro! La BCE, ne fait que son travail, vous m'avez déjà cassé Fortis et Dexia ça suffit comme ça !, votre incompétence ne vous qualifie pas pour nous donner des conseils. On s'est bien fait baiser dans votre casino 'sans risques' Vos garanties ne sont pas à la hauteur. Il ne fallait pas jouer avec l'argent facile pour commencer!

Que les Américains gardent leur valet de pique dans leur jeu : la dérégulation financière, le déficit public américain et la crise des subprimes, ce n'est pas la faute à notre ami Maurice Lippens, ni à Monsieur Jean-Claude Trichet, directeur de la BCE, hein!

Parce que, bien sûr, les banques Européennes et Belges ont respecté les règles et fait peuve de prudence, elles n'ont pas été tremper leur biscuit dans vos infâmes combines, non hein!

...hein non? ou peut-être bien oui?

* ABN Amro dans le Grand Salon avec le Chandelier! *

Coïncidence troublante, RBS se partage avec Fortis les actifs de ABN AMRO, qu'elles ont rachetés en deux parties l'an dernier. Selon toute vraissemblance, elles se sont partagé le passif aussi ...

Selon l'Expansion
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[RBS] a justifié sa levée de fonds massive - entièrement garantie par de grandes banques d'affaires - par le retournement des marchés financiers et la crise du crédit, mais il a dû également reconnaître avoir acheté ABN Amro à un prix très élevé, juste avant que la crise financière ne fasse fondre sa valeur. De plus, RBS a accru au passage sa présence dans des domaines aujourd'hui en plein coeur de la tourmente financière.
Le hollandais volant qui a conclu le deal ABN AMRO pour 70 milliards d'Euros en 2008 (notre photo tout en haut) a donc mille fois mérité son bonus.

Nous lui accordons par conséquent ci-devant la palme internationale suprême du valet puant mondial, avec la plus grande distinction!

Grâce à lui, Maurice Banque et RBS sont tapis, et crachent dans les médias le morceau sur la crise mondiale du crédit!

Bien joué valet! Voilà de quoi nous faire regretter de ne pas être restés Néerlandais. Ca nous apprendra d'avoir essayé de faire les malins en 1830 avec notre Monnaie...

* Inflation, vroom, beep-beep, déflation ! *

Fait intéressant, les analyses divergent quant à savoir ce qui est le plus à craindre, l'inflation ou la déflation.

La crise mondiale du crédit semble annoncer une plus grande rareté de l'argent, donc la déflation, et donc un scénario du type de la grande crise des années 30, précédée par le krach boursier de 1929.

Mais les prix du pétrole et des matières premières, ainsi que l'envolée de l'inflation en Asie, mettent actuellement le monde occidental, USA en tête, sous de fortes pressions inflationnistes.
A cet égard, il est à souligner que l'Europe semble en moins bonne situation que les USA parce que la Réserve Fédérale américaine et les autorités anglaises trichent avec les chiffres de l'inflation et de la croissance [Barry Ritholz : The Big Picture : "US Inflation Miracle Continues"].

Le scénario le plus probable est une inflation importante (jusqu'à ce que la réduction brutale du niveau de vie des consommateurs, détruisant la demande, fassent exploser la bulle des matières premières et du pétrole), suivie d'une très longue déflation (jusqu'à ce que les gouvernements soient obligés de protéger leur solvabilité), puis de l'hyperinflation (provoquée par l'utilisation, en dernier recours, de la planche à billets).

Voici un bon article amateur sur le sujet, en Français [blog TropicalBear : "inflation et déflation : la déflation arrive!" et aussi "Europe : la situation économique se dégrade rapidement"]. Pour une approche plus professionelle, voici un article (pdf) fort recommandable et pas trop technique d'analystes anglophones [Edwards & Montier : "inflation not the problem"]

Donc on commence par une crise du type de celle des années '70 (inflation) et on continue avec une crise du type de celle années '30 (déflation), pour termine par une de ces crises où l'on va acheter son pain avec une brouette de billets de 200€ (hyperinflation, comme aujourd'hui en Argentine et au Zimbabwe, ou encore en Allemagne en 1939).

Tout cela peut prendre trois ans comme dix ans, autant dire qu'on n'est pas prêt d'en voir le bout.

Ou alors tout peut s'accentuer au même moment, dans un grand moment à la Wile E. Coyote (image ci-contre).

En tout cas, une chose est sûre : si les banquiers américains et leur Réserve Fédérale savent ce qu'ils font, ils cachent bien leur jeu...

* Partout, sauf à la BNP *

Selon Reuters [dépêche], les banquiers centraux, réunis fort à propos ce dimanche pour l'assemblée générale annuelle de la Banque des Règlements internationaux (BRI) à Bâle, ont dit être en état d'alerte face aux dangers de l'inflation combinés à un ralentissement de la croissance, mais ont souligné qu'il n'y avait pas de solution globale et toute faite.

"Nous constatons des temps très difficiles à venir pour l'économie mondiale", a déclaré Martin Redrado, le gouverneur de la banque centrale d'Argentine.

"En particulier dans le secteur financier, nous allons assister à la deuxième vague de turbulences maintenant que le ralentissement va toucher le crédit à la consommation (...). Nous naviguons dans des zones inexplorées et les banquiers centraux du monde entier sont très vigilants."

Heureusement les Français, eux, savent de quoi ils parlent : ce dimanche, BNP Paribas annonce la fin de la crise.
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vendredi 27 juin 2008

Fortis : grande braderie, sauce américaine.

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Après Dexia, c'est au tour de Fortis de connaître les problèmes de crédit qui affectent le monde bancaire aux USA et en Europe.

En prise avec des problèmes de solvabilité, Fortis est acculée à diluer son capital et à liquider certains avoirs non stratégiques pour renflouer ses caisses.

La presse belge titre avec 1,5 milliards de renflouement [L'Echo : "Fortis va lever 1,5 milliard d'euros, le titre perd 13%"].

Mais, selon le Financial Times, une lecture plus acérée des chiffres officiels font monter les sommes allouées au renflouement à 8 milliards [Financial Times :"Fortis seeks to boost solvency by €8bn"].

Selon l'Echo, les analystes Belges désapprouvent la manoeuvre de renflouement [L'Echo : "Une surprise désagréable"].

Et le blog du Financial Times n'y va pas avec le dos de la cuiller, qui titre : "Idiot capital raising, Fortis edition".

Sur la seule demi-journée de ce jeudi on annonçait une chute de 13% du titre en bourse.

Bloomberg, dont les rédacteurs belges signent un excellent article, offre un peu de recul historique sur l'événement, et le replace dans le contexte de la déconfiture bancaire mondiale [Bloomberg : "Fortis Scraps $2 Billion Payout, Sells Shares, Assets"].

Rappelons que Fortis a déjà cédé en mars quelque 49.9 % de sa branche investissements à l'assureur chinois Ping An dans le but de se renflouer, à hauteur de 2,15 milliards d'euros [L'Echo : Ping An dans Fortis Investment?].

Ca commence à faire beaucoup.

Pour rappel, Dexia, dont la filiale FSA ('rehausseur de crédit' U.S.) est en ce moment sous le feu nourri des spéculateurs à la baisse ('short-sellers'), a dû recapitaliser d'urgence sa filiale pour juguler la crise de confiance qui s'amorçait [L'Echo : "FSA promise au même scénario que MBIA et Ambac"

Selon Mr. Ackman, short-seller de son état, FSA a multiplié les garanties et les investissements dans les emprunts hypothécaires et sous-estimé les risques.

Rien que ce jeudi matin, le titre Dexia a perdu 5%.

Quand on vous disait que la Belgique n'est pas à l'abri de la crise américaine... pour ceux qui n'ont pas froid aux yeux, lire notre analyse de dimanche dernier.

Nous avions raporté dimanche un risque de propagation à la Belgique des problèmes qui affectent les banques Américaines. Nous aurions toute les raisons d'être contents de nous si les nouvelles du jour ne s'avéraient pas aussi pessimistes...

Votre belge banque est certainement parmi celles-cis, dont le titre a baissé de 50% en moyenne sur 18 mois :



Les baisses spectaculaires de ce jeudi matin seront à retrancher de ces cours déjà particulièrement raplatis.
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jeudi 26 juin 2008

La crise du secteur financier U.S. s'étend en Europe.

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Le Soir du 9 avril faisait son coming-out sur la récession aux Etats-Unis :

Les Etats-Unis, ébranlés par leur pire crise financière depuis le grand krach de 1929, vont connaître cette année «une légère récession». Celle-ci va peser sur la croissance mondiale, ramenée à 3,7 %, juge le Fonds monétaire international (FMI). [article en ligne]

Si besoin est, rappelons que la crise est d'origine financière et trouve son déclencheur dans la crise immobilière U.S. Pour les néophytes, commencer par ici : [L'Echo : Vingt questions pour comprendre la crise].

Dans l'idée de mieux suivre et comprendre les dévelopements parfois opaques de la crise financière, je me suis fait ce petit graphe, qui permet d'avoir une vue d'ensemble sur la santé des banques côtées en bourse, et de mettre en perspective les nouvelles ponctuelles de plus en plus nombreuses.

Vous pouvez consulter ce graphe quotidiennement sur yahoo, par exemple à l'adresse suivante : http://tinyurl.com/5hor3w



Voici la légende du graphe :
  1. LEH : Lehman Brothers : banque d'investissements U.S.
  2. BSC : Bear Stearns : banque d'investissements U.S.
  3. ^DJI : DOW Jones Industrials : index des valeurs industrielles U.S.
  4. UBS : Union des Banques Suisses : banque privée (Suisse).
  5. ML : Merril Lynch : banque d'investissements U.S.
  6. C : Citybank : banque grand public, la plus importante aux U.S.
  7. MBI : MBIA : assureur de crédit ('monoline') U.S.
  8. AMK : Ambac : assureur de crédit ('monoline') U.S.
  9. AIG : American Insurance Group : le premier assureur U.S.
Les données sont objectives, passons à l'interprétation. Voici ce que j'y lis, les références aux articles de fond et les définitons sont [entre crochets] :
  • Le secteur financier a pris une grosse claque à la mi-janvier, lorque toutes les bourses ont dévissé ensemble dans le monde entier [New York Times][Bloomberg].
  • En mars que le reste de l'industrie (graphe : ^DJI vert) se maintient plutôt bien, le secteur bancaire dévisse à nouveau et Bear Stearns (graphe : BSC en rouge) se rétame [Bloomberg] suite à la faillite de deux hedge funds ['fonds spéculatifs' : def : wikipedia.fr] engagés dans les prêts subprimes .
  • Le rachat de Bear Stearns par la réserve Fédérale Américaine et la Banque d'investissements JPMorgan, aux frais du contribuable, parvient à stabiliser le cours de BSC et rétablit les banques jusque début mai. Cet événement fait l'objet d'une couverture mondiale dans la presse [Le Soir] .
  • Entretemps MBIA et Ambac, les deux plus grands assureurs de crédit (graphe : MBI turquoise, AMK mauve) encaissent des pertes liées aux crédits immobiliers "subprime" [Bloomberg] et se font dégrader par les agences de notation [Bloomberg].
  • Depuis le premier mai, tout le monde descend, et l'ensemble du secteur est parti plus bas que le creux entamé par le dévissage de janvier.
  • La crise s'est désormais étendue aux banques "grand public". Citibank (C en vert clair : perd plus d'un tiers de sa valeur en 2008 [Bloomberg].
  • L'Union des Banques Suisses (UBS en jaune) perd plus de deux tiers de sa valeur en 2008 [Bloomberg]. UBS, la banque de placement la plus réputée au monde... au moins jusque 2007.
  • Ambac et MBIA, les grands assureurs de crédit ou 'monolines', sont à présent au coeur du problème et concentrent en un point extrêmement fragile les tensions des pertes dûes au subprime. Cette concentration menace la viabilité de tout le secteur [Bloomberg : "UBS, Citi, Merrill May Face $10 Billion in Monoline Losses"].
  • Lehman est dans la mire des vendeurs à découvert ('short-sellers') qui spécule sur une chute comparable à celle de sa consoeur Bear Stearns [La Libre : "Lehman Brothers : effet Bear Stearns ?"]. Sous fortes pressions depuis Mai l'action Lehman a perdu 60% de sa valeur en 2008, malgré qu'elle ait réussi à se recapitaliser à hauteur de 6 milliards de dollars [Bloomberg : "Lehman Raises $6 Billion After $2.8 Billion Quarterly Loss"].
Par ailleurs, de nombreuses banques régionales américaines grand public sont au bord de la faillite (graphe ci-dessous : source Wall Street Examiner).



Il semble que la Réserve Fédérale U.S. se préoccupe plus de protéger les grandes banques privées, qui gèrent l'argent des institutions, au détriment des petites banques régionales, qui sont laissées à leurs problèmes avec l'argent des particuliers.

En quoi cela peut-il bien nous affecter en Belgique?

Aux dernières nouvelles, selon la Royal Bank Of Scotland, les banques Européennes vont connaître des problèmes analogues à ceux que connaissent actuellement leurs homologues américaines. Lire ici : “The very nasty period is soon to be upon us - be prepared.”

En cause, deux outils financiers américains peu ou pas régulés et contrôlés, et dont le volume a grandi exponentiellement au cours des dernières années :
  1. Les MBS ['Mortgage-backed securities' def: wikipedia.org], ou titres adossés aux prêts immobiliers U.S., achetés aux banques d'investissements américaines par les organismes européens.
  2. Les contrats d'assurance CDS ['Credit Default Swaps' def: wikipedia.fr, wikipedia.org] qui obligent l'assureur (généralement une banque) à régler une dette lorsqu'un un débiteur (généralement, une banque ou une institution finnacière) est en défaut de paiement.
Echangés à grande échelle, remixés et recompilés en une impressionante pharmacopée de titres dérivés, les titres MBS et garanties CDS ont été achetés et vendus par les banques d'investissements telles que Fortis Investments, Deutsche Bank et par toutes les banques d'investissements européennes.

Ces pratiques lient étroitement les banques européennes aux banques américaines qui, elles-mêmes, se tiennent indissociablement garantes les unes des autres [Financialsense : Credit Default Swaps the next crisis, Subprime is just 'Vorspeise'].

Personne dans cette brochette de spécialistes ne s'est suffisamment soucié de savoir où tout cela déboucherait en cas d'éclatement de la bulle immobilière, illustration parfaite de la parabole des aveugles, une histoire bien belge et pas nouvelle de Brueghel l'Ancien [image ci-desssus].

Faute de mieux, les régulateurs sont en train de modifier les règles comptables in extremis dans le but d'éviter que les répercussions se propagent trop vite [Bloomberg].

Il semble donc que les tensions sur le marché du crédit soient en train de s'exacerber, et que l'Europe n'échappe pas à cette tendance. Il faut cependant souligner que l'Europe est jusqu'à présent significativement moins endettée que les U.S.A.

Et du coup les banquiers américains fauchés se tournent désormais vers nos contrées cisatlantiques pour distribuer leurs cartes de crédit gratuites. Ils viennent même gratter à notre Belge poche, comme en témoigne cette anecdote de La Crise pour les Nuls : Les banquiers américains qui font la manche dans le métro Bruxellois.
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dimanche 22 juin 2008

Les chiffres et la vérité sur la crise des américaine.

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Pour ceux qui en viennent à se demander à quel point l'économie est une science exacte, voici quelques avis directement liés à la crise en cours, et qui ont titillé mes oreilles :

  • Une bonne idée : cherchant à vérifier la thèse d'une sortie de crise imminente, ce bloggeur montre que le même graphique, à trois niveaux de zoom différent, s'interprête de trois manières différentes : optimiste, neutre, pessimiste. [Moneyzine : "Jouons avec les courbes"]
  • De quoi se poser des questions : l'A.E.I., fédération des entreprises U.S. (un peu notre F.E.B., en beaucoup plus gros) a invité un panel de 5 économistes, dont 2 optimistes et 3 pessimistes, qui se sont écharpés avec les chiffres de la crise immobilière amércaine, en partant des mêmes données. [American Enterprise Institute : "La bulle immobilière : stop ou encore?" (en anglais)]
  • Un bon exemple : Barry Ritholz, du blog macroéconomique "The Big Picture", révise régulièrement les chiffres de la croissance U.S. à sa manière, les présentant sous un jour moins favorable que le gouvernement. [The Big Picture : "Are we too gloomy?"]
  • Une discussion de fond sur les chiffres et la vérité en économie : Barry a difficile de défendre sa position d'économiste indépendant, car les adhérents à la doctrine dominante l'assimilent aux théoriciens de la conspiration. Selon Barry c'est normal de critiquer les chiffres officiels, c'est même pour cela qu'il faut des économistes. [The Big Picture : "What conspiracy?"].
Avec tout ça, le nombre d'avis divergents ne diminue pas, tandis la crise s'approfondit outre-atlantique. Alors, rebond or not rebond?

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samedi 21 juin 2008

Prix du pétrole : crise d'approvisionement ou spéculation financière?

  • LE FAIT :

Ce vendredi, le Financial Times souligne que les raffineries sont prêtes à payer le brut plus cher que les organismes financiers, ce qui met en cause la thèse d'un prix du pétrole manipulé par les spéculateurs.

Toujours selon le Financial Times, le brut Saoudien lourd reste moins cher que les pétroles de meilleure qualité, comme celui du Nigeria par exemple.

  • LE COMMENTAIRE :

Le principe d'une hausse des prix basée sur le manque, au niveau industriel, de pétrole de qualité, rend inopérant aussi bien les démarchages du Président Bush vers les Séoudiens que les grandes manoeuvres du Congrès américain pour bloquer la spéculation, entre autres sur les marchés techniques Londoniens.

Bush et le Congrès agissent-ils délibérémént de manière inefficace pour donner le change aux électeurs? S'agit-il d'incompétence? Ou faut-il mettre en cause l'analyse du Financial Times?

Certaines sources non officielles aux Etats-Unis mettent en cause la dévaluation implicite du Dollar, et des autres devises des états producteurs et liées au dollar, du fait de l'utilisation de la planche à billets. En jeu, le mécanisme selon lequel la production de monnaie entraîne une perte de valeur implicite, vécue sous forme d'inflation. Le pétrole servirait de valeur-refuge pour les états en dévaluation.

Cette thèse est elle aussi incompatible avec l'idée d'une source industrielle, et non financière, de la crise pétrolière.

En effet, si le pétrole jouait le rôle de valeur refuge pour les spéculateurs dans les pays dont la monnaie est faible, c'est le pétrole financier qui serait plus cher que le pétrole industriel.

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